17·MARS CONSEIL
Palier d'un immeuble ancien par un soir pluvieux d'automne, porte d'appartement entrouverte laissant filtrer une lumière chaude.
Le flux

Trêve hivernale : que protège-t-elle et quelles sont les exceptions ?

Chaque année, du 1er novembre au 31 mars, la trêve hivernale suspend les expulsions locatives et interdit aux fournisseurs de couper l'électricité et le gaz d'une résidence principale pour cause d'impayés. Elle protège les ménages pendant les mois les plus froids, mais elle ne fait disparaître ni la dette, ni la procédure engagée contre eux : au 1er avril, tout reprend là où cela s'était arrêté.

Voici ce que la trêve couvre exactement, ses exceptions, ce qui continue pendant ces cinq mois et la meilleure façon de les mettre à profit, côté locataire comme côté propriétaire.

Ce que la trêve hivernale protège

SituationPendant la trêveÀ savoir
Expulsion d'un locataire de sa résidence principaleSuspendueLe jugement reste valable et pourra être exécuté à partir du 1er avril
Coupure d'électricité pour impayésInterditeUne réduction de puissance peut être pratiquée dans certains cas, avec des règles qui protègent les ménages aidés
Coupure de gaz pour impayésInterditeConcerne la résidence principale
Coupure d'eauInterdite toute l'annéePour une résidence principale, quelle que soit la saison
Procédure d'expulsion en coursContinueCommandement de payer, assignation et audience peuvent avoir lieu
Loyers et facturesToujours dusLa dette continue de s'accumuler
Pendant la trêve (1er novembre - 31 mars)

Les exceptions prévues par la loi

La protection contre l'expulsion ne s'applique pas dans plusieurs cas, que le juge apprécie au vu du dossier.

  • Relogement assuré : l'expulsion peut avoir lieu si un relogement décent, adapté aux besoins de la famille, est garanti.
  • Squatteurs : les personnes entrées dans un logement par voie de fait, sans droit ni titre, ne bénéficient pas de la trêve.
  • Immeuble dangereux : lorsqu'un arrêté impose l'évacuation pour péril ou insalubrité, la sécurité des occupants prime.
  • Violences conjugales : le conjoint violent évincé du domicile par une décision de justice peut être expulsé pendant la trêve.

Côté énergie : ce qui change concrètement

Un fournisseur d'électricité ou de gaz ne peut pas interrompre la fourniture d'une résidence principale pour des factures impayées entre le 1er novembre et le 31 mars. Pour l'électricité, la loi autorise toutefois dans certains cas une réduction de la puissance du compteur, qui permet de garder l'éclairage et les usages essentiels. Les ménages bénéficiaires du chèque énergie ou d'une aide du fonds de solidarité logement bénéficient d'une protection renforcée. Les pratiques des fournisseurs évoluent : contactez le vôtre dès le premier impayé pour connaître ses conditions et négocier un échéancier.

Locataire en difficulté : mettre la trêve à profit

Les démarches à engager dès l'automne

  1. Prendre contact avec le propriétaire
    Expliquez la situation et proposez un plan d'apurement réaliste, même modeste. Un locataire qui paie une partie du loyer et propose un échéancier est mieux considéré par le juge.
  2. Solliciter les aides
    Le fonds de solidarité logement (FSL) de votre département peut aider à régler une dette de loyer ou d'énergie. Signalez aussi tout changement de situation à la CAF pour ajuster vos aides au logement.
  3. Se faire accompagner
    L'agence départementale d'information sur le logement (ADIL), un travailleur social de la mairie ou du département, ou une association spécialisée peuvent vous conseiller gratuitement et vous aider à constituer les dossiers.
  4. Se présenter à l'audience
    Si une procédure est engagée, allez au tribunal. Le juge peut accorder des délais de paiement, suspendre les effets de la clause résolutoire et éviter l'expulsion si la dette est apurée.
  5. Envisager le surendettement
    Si plusieurs dettes s'accumulent, un dossier auprès de la commission de surendettement de la Banque de France peut geler les poursuites et organiser un plan.

Une dette de loyer ne s'éteint pas avec le temps aussi vite qu'on le croit : les règles sont détaillées dans notre article sur la prescription des dettes. Et si vous envisagez un départ volontaire pour réduire vos charges, vérifiez la durée de votre préavis de départ, un ou trois mois, qui peut être réduit dans certaines situations.

Côté propriétaire : ce que vous pouvez faire

Pendant la trêve, permis ou interdit

Ce qui reste possible

  • Relancer le locataire et proposer un échéancier
  • Faire délivrer un commandement de payer par commissaire de justice
  • Saisir le juge et obtenir une décision d'expulsion
  • Activer une garantie loyers impayés ou la caution

Ce qui est interdit

  • Faire exécuter l'expulsion avant le 1er avril, hors exceptions
  • Changer les serrures ou couper l'eau ou le chauffage
  • Retirer les affaires du locataire
  • Toute forme de pression pour obtenir un départ, sanctionnée pénalement

Se faire justice soi-même expose à de lourdes sanctions, même lorsque la dette est réelle. Pour les litiges de fin de bail qui suivent souvent un départ, comme la restitution des sommes versées à l'entrée, notre article sur le dépôt de garantie non rendu rappelle les délais à respecter.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates exactes de la trêve hivernale ?
Elle commence le 1er novembre et se termine le 31 mars inclus. Ces dates ont été fixées par la loi et s'appliquent chaque année sur tout le territoire.
Un jugement d'expulsion peut-il être rendu pendant la trêve ?
Oui. La procédure continue normalement : seule l'exécution de l'expulsion est suspendue jusqu'au 1er avril, sauf exceptions.
Mon fournisseur peut-il réduire ma puissance électrique pendant l'hiver ?
Dans certains cas, oui, mais il ne peut pas couper la fourniture de votre résidence principale. Les bénéficiaires du chèque énergie et des aides du fonds de solidarité logement sont mieux protégés. Contactez votre fournisseur pour connaître sa pratique et négocier un échéancier.
La trêve hivernale s'applique-t-elle à une résidence secondaire ?
Non. La protection contre les coupures d'énergie et les expulsions vise la résidence principale.
Les squatteurs sont-ils protégés par la trêve hivernale ?
Non, pas lorsqu'ils sont entrés dans le logement par voie de fait. La procédure d'évacuation suit alors des règles propres, plus rapides.

Article rédigé par la rédaction de 17 Mars Conseil. Illustration de couverture : Illustration générée par IA (gpt-image-2.5-flare).